Hugo Deverchère FR, 1988

Biographie

Il n’y a pas de voyage sans inconnu. On pouvait bien savoir qu’il y avait une terre de l’autre côté de l’Atlantique, aucun des marins de Colomb n’avait l’idée du temps qu’il faudrait pour l’atteindre. On peut bien envoyer des sondes dans l’espace, parfois à des années lumières, on n’a qu’une vague idée de ce qui pourrait nous attendre. Quand il commence à travailler, Hugo Deverchère a des récits d’aventures en tête, des images d’autres mondes possibles. On néglige souvent la part d’abstraction dans les sciences qui d’hypothèses en modélisations avancent aussi par des expériences de pensée, les savants se projetant parfois dans des fictions pour éprouver leurs modèles.

Dans son projet La Isla de las Siete Ciudades, guidé par la légende d’une île fantôme, l’artiste observe des biotopes espagnols très spécifiques qui correspondent à autant de visions de l’ailleurs, qu’elles soient cinématographiques ou littéraires. L’attention au texte comme à des ensembles de signes est fondamentale dans sa démarche.
Avec The Crystal and the Blind, il confiait à une machine le soin de faire la synthèse aussi bien de documents d’archives que des récits de Jules Verne et d’Arthur C. Clarke. En croisant les faits et leurs interprétations, le réel et ses représentations, il interroge notre perception du monde. Le travail d’installation d’Hugo Deverchère nous place aux croisements de cartes et de schéma, de tubes à essais et de capteurs chargés de mesurer différents paramètres. L’exposition est pour l’artiste une expérience, ou plutôt un laboratoire qui entre le décor de cinéma et l’incubateur permet aux visiteurs d’appréhender des phénomènes qui le dépassent.
Avec Delusion, il rend visible ou plutôt perceptible une tornade qu’il reconstitue à moindre échelle. The Crystal and the Blind rejouant Biosphère II, un laboratoire privé qui œuvrait à la reproductibilité de différents écosystèmes terrestres en vue d’une colonisation interplanétaire nous propose d’entrer dans un microcosme aux paramètres apparemment réglés où croissent bactéries, minéraux et végétaux…

À la manière dont le roman condense le réel, Hugo Deverchère joue des instruments de la science pour le précipiter. Il développe littéralement une sciencefiction où le visiteur est amené à déambuler parmi des processus qui lui sont narrés, où les deux disciplines dialoguent au delà du genre littéraire. La recherche spatiale peut ainsi nous apprendre, avant d’envisager des mondes parmi les étoiles, à regarder le nôtre dans toutes ses complexités. Les instruments qu’il utilise ne cachent rien des intentions de conquête derrière l’exploration ou les enjeux de pouvoir derrière le savoir mais se révèlent dans toutes leurs ambiguïtés. Ce n’est pas en démiurge que l’artiste crée des microcosmes, mais en chercheur impatient de pouvoir y déployer de nouveaux regards. Les effets de focale qu’il développe permettent de voir le lointain dans le proche comme le montrent les vidéo et cyanotypes de la série Cosmorama. En utilisant par exemple un dispositif de vision infrarouge qui permet l’observation des ciels profonds, il révèle des éléments invisibles ou inaudibles du paysage. En passant au crible des paysages volcaniques et de forêts primaires il montre que l’ailleurs est peut-être déjà ici, que le futur est peut-être déjà dans le passé. La Nasa ne teste-t-elle pas ainsi ses véhicules martiens sur des déserts de lave tout à fait terrestres ? La géologie remet en perspective les savoirs dans un temps long et dans une échelle où micro et macrocosme se croisent.

La Isla de las Siete Ciudades permet à Hugo Deverchère d’aller plus loin encore dans cette réflexion en croisant des images et en inventant une cartographie fictive : sommes-nous vraiment en Espagne ou déjà dans un rêve de Nouveau Monde, sommes-nous encore dans des réserves naturelles ou déjà dans des visions de l’espace ? Ainsi mise en scène, l’exploration nous met face à nos capacités d’émerveillement. Dans ces paysages d’avant ou d’après l’homme, nous parvenons enfin à regarder hors de notre portée.

 

Hugo Deverchère, L’Anticipation par le récit, par Henri Guette

 
Œuvres
  • Hugo Deverchère, 10481.PNG, 2025
    10481.PNG, 2025
  • Hugo Deverchère, 12638.PNG, 2025
    12638.PNG, 2025
  • Hugo Deverchère, 14572.PNG, 2025
    14572.PNG, 2025
  • Hugo Deverchère, The Afterimage - Tracks #01, 2025
    The Afterimage - Tracks #01, 2025
  • Hugo Deverchère, The AfterImage - Tracks #03, 2025
    The AfterImage - Tracks #03, 2025
  • Hugo Deverchère, (2867) Steins #03, 2024
    (2867) Steins #03, 2024
  • Hugo Deverchère, Ceres #01, 2024
    Ceres #01, 2024
  • Hugo Deverchère, Vesta #03, 2024
    Vesta #03, 2024
  • Hugo Deverchère, The Far Side - Field #01, 2023
    The Far Side - Field #01, 2023
  • Hugo Deverchère, The Far Side - Uchronia #01, 2023
    The Far Side - Uchronia #01, 2023
  • Hugo Deverchère, La Isla de las Siete Ciudades - Artefact #01, 2021
    La Isla de las Siete Ciudades - Artefact #01, 2021
  • Hugo Deverchère, La Isla de las Siete Ciudades - Event #02, 2021
    La Isla de las Siete Ciudades - Event #02, 2021
  • Hugo Deverchère, La Isla de las Siete Ciudades - Excavation #03, 2021
    La Isla de las Siete Ciudades - Excavation #03, 2021
  • Hugo Deverchère, La Isla de las Siete Ciudades - Excavation #01, 2020
    La Isla de las Siete Ciudades - Excavation #01, 2020
  • Hugo Deverchère, The Far Side - #01, 2019
    The Far Side - #01, 2019
  • Hugo Deverchère, Cosmorama, 2017
    Cosmorama, 2017
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