FRAGMENTS: Jean-Marc Cerino
Jean-Marc Cerino collecte d’anciennes photographies argentiques. Il les achète, les rassemble. Sur internet, via des sites populaires de vente d’objets de tout type, il constitue la base de sa propre recherche : faire état, par des fragments anonymes et modestes, d’une histoire du XXe siècle.
La plupart des sujets retenus par l’artiste forment un portrait de l’homme en creux : le monde ouvrier (du quotidien banal aux luttes syndicales), l’architecture industrielle dans son rapport marqué au paysage (usines, ponts, barrages ou constructions), l’objet technologique lié à la recherche scientifique et la quête moderniste du progrès (satellite, objet militaire…) jusqu’à l’ethnologie ou le paysage.
Extraites de l’océan infini des images, délaissées et oubliées, certaines sont recueillies et comme réparées par l’artiste. Jean-Christophe Bailly écrit : « L’idée conductrice est celle d’un sauvetage. Il s’agit d’en ramener quelques-unes [les photographies] au port. Le port c’est l’atelier¹ ».
À partir de ces images sources, Jean-Marc Cerino crée des peintures sur verre dont les dimensions sont plus proches de celles de la peinture d’histoire que de l’objet photographique original.
Le verre, habituellement protecteur, devient support de la matière picturale. Sa transparence permet à l’artiste de peindre sur les deux faces, de dissocier l’image et le fond. Quand l’avers accueille le motif, le revers devient surface d’expérimentation sur laquelle les essences ou produits, tels que la térébenthine ou la bombe aérosol, glissent et se rencontrent de façon aléatoire. Le fond est donc réalisé à la suite du motif, à rebours de la tradition de la peinture dans laquelle la figure émerge du fond.
Reprendre ces images en les peignant, en en modifiant l’échelle, en créant ces dynamiques de plans et d’arrière-fonds, de motifs précis et de jeux aléatoires est un geste de réactivation de l’image. L’artiste affectionne particulièrement le terme de « reprise » lorsqu’il évoque son travail de peinture. Il s’agit d’accueillir et de porter l’image orpheline vers une vision renouvelée du regardeur, lui redonner sens.
Selon une démarche politique qui vise à contrer « l’obsolescence programmée des images ² », par la diversité et l’anonymat de leurs auteurs et la non-hiérarchisation des images, les peintures sur verre de Jean-Marc Cerino sont celles d’un regard partagé du monde.
¹ Jean-Christophe Bailly, La Reprise et l’Éveil. Essai sur l’œuvre de Jean-Marc Cerino, éditions Macula, 2021.
² Idem
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Jean-Marc Cerino
L’ESPRIT DE YINCIHAUA, VILLAGE KAWÉSQAR, 1923 (MARTIN GUSINDE), 2020
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Jean-Marc Cerino
GRANGE, SUSSEX, 1932, 2018
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Jean-Marc Cerino
GOONHILLY SATELLITE EARTH STATION, ANGLETERRE, 1962, 2021
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Jean-Marc Cerino
ATELIER DE SULFATE DE ZINC, USINE KEM ONE DE SAINT-FONS, 2020

