Les Infinis Invisibles: Trúc-Anh
Peintre, dessinateur, performeur, poète et sculpteur, Trúc-Anh est né à Paris en 1983. Après avoir vécu à Lausanne, Bruxelles, Ho Chi Minh Ville et Los Angeles, il vit et travaille à Marseille. Pour ce cinquième projet monographique à la galerie Sator, et sa première intervention à Komunuma, Trúc-Anh se consacre à la peinture et présente dans l’espace de Romainville un ensemble de nouvelles œuvres dont trois grands formats.
Au cœur de sa démarche se trouve le rapport entre le visible et l’invisible. Trúc-Anh considère la peinture comme un médium lui permettant de donner corps aux mondes invisibles. Il entend par ce terme ce qui est en lien avec la spiritualité et l’univers des esprits, du culte des ancêtres à l’origine de sa série Ink Kingdom à la pratique chamanique invoquée lors de son exposition Le Céleste du Terrestre.
Pour cette exposition, Trúc-Anh puise au cœur de ses racines sino-vietnamiennes tant pour certains sujets comme le Bouddha ou le bonze Thích Quảng Đức que dans le dialogue entre le vide et le plein, emprunté à la philosophie taoïste. Devant les grands formats, le spectateur s’immerge dans l’œuvre, ressent la présence énergétique des entités représentées dans un même rapport d’échelle. Le spectateur aborde l’œuvre avec son corps, son être entier.
Dans un premier temps, la lecture et interprétation de l’œuvre est difficile. Le spectateur cherche à comprendre ce qu’il voit. Le vide et le plein, le trait et l’aplat se construisent comme des forces polarisantes. Les peintures métallisées aux reflets lumineux sont saturées d’informations visuelles. À l’inverse, le noir précède toute forme d’idée. C’est ce que l’on voit lorsque l’on ferme les yeux, à l’intérieur de soi. Or ce noir profond et limbique, absence d’information visuelle, produit tout autant une forme d’immatérialité.
Ces jeux de langage formel développés par Trúc-Anh ont pour but de déstabiliser l’œil du spectateur. Traversé par des visions, il cherche à les traduire sur la toile, de les éprouver par la peinture. Les œuvres se révèlent alors progressivement au spectateur. Ses peintures ne sont pas des représentations mais des incarnations. Leur énigme invite le spectateur à l’expérience sensorielle de la contemplation, de l’interprétation voire de l’introspection. Par la peinture, Trúc-Anh capture le moment précis où la figure apparaît et disparaît simultanément, cherchant ainsi à atteindre un monde fait de sensibilité pure, non perceptible à l’œil nu, une forme de transcendance spirituelle.

