DIX MILLE DEGRÉS SUR LA PLACE DE LA PAIX : Éric Manigaud
Le 6 août 1945 à 8h15 du matin, dans la ville d’Hiroshima (350 000 habitants) au Japon, la bombe atomique larguée par la forteresse volante Enola Gay explose à 580 mètres d’altitude. Le signal d’alerte n’a pas eu le temps de retentir, personne n’a pu se réfugier. L’explosion provoque un cyclone de chaleur et de radiations qui rase les maisons et bâtiments dans un rayon de trois kilomètres. La ville est détruite à 90%, 150 000 personnes périssent sur le coup ou dans les heures qui suivent.
Le jour même du bombardement, le photographe japonais Yoshito Matsushige, employé d’un quotidien local, prend les premières images vers 11h. Dès son arrivée au Japon en septembre, l’armée américaine confisquent ses tirages et impose une censure draconienne sur tout ce qui concerne le bombardement d’Hiroshima, puis de celui de Nagasaki. Toutes les images prises par les photographes japonais sont alors interdites. L’ampleur de la tragédie est ignorée pendant des mois.
Progressivement, le gouvernement américain autorise les correspondants étrangers à se rendre sur le site mais sous escorte et avec une accréditation du bureau général américain. Leurs photographies sont contrôlées et consacrées uniquement aux ruines et paysages de désolation. Il est interdit de montrer des victimes, vivantes ou mortes. Pendant des années, les publics américains, japonais ou autres ne verront que des bâtiments réduits en miettes. La figure humaine est bannie de la représentation.
Le traité de San Francisco en 1951 rend au Japon sa souveraineté. Aux Etats-Unis, les premières images de victimes sont alors publiées par le magazine Life, le 29 septembre 1952, alors que les photos de l’armée américaine, comme les films qu’elle a tournés sur place, ne sortiront que dans les années 1970 et 1980. A partir de 1952 et la levée de la censure, les photographes japonais ont enfin le droit de publier leurs propres images. Parmi les livres produits, « Atomic Bomb N°1 - No More Hiroshima », publié par Asahi Suppan Sha, devient un ouvrage de référence. La grande majorité des dessins d’Eric Manigaud en proviennent.
« Dix mille degrés sur la place de la Paix » est une série de dessins réalisés à partir de photographies longtemps interdites d’Hiroshima. Ce nouveau travail s’inscrit dans la démarche de l’artiste de s’intéresser à l’histoire du XXème siècle par le biais de documents politiques ayant subis la censure d’Etat et à travers le regard de ceux qui en ont été victimes.
Marqué par la catastrophe de Tchernobyl en 1986 et les jeux de dissimulation politique qui s’en suivirent notamment en France, Éric Manigaud découvre quelques années plus tard le film d’Alain Resnais Hiroshima mon amour et sa célèbre réplique « non tu n’as rien vu à Hiroshima ». Les ouvrages L’Instant et son ombre de Jean-Christophe Bailly qui évoque l’ombre portée d’un homme soufflé à Hiroshima ainsi que La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse de Svetlana Aleksievitch le bouleversent. Éric Manigaud commence alors un travail de dessin à partir de quelques images connues d’Hiroshima, principalement objets ou bâtiments. Après sa série sur les manifestations algériennes d’octobre 1961 à Paris, il s’intéresse aux essais nucléaires français des années 1960 dans le désert algérien. Devant l’impossibilité d’en trouver des photographies du fait d’une censure encore active, il y renonce. Sur les conseils d’un ami, il fréquente une librairie japonaise et découvre « Atomic Bomb N°1 - No More Hiroshima », ouvrage devenu rare et recherché, à partir duquel il concevra l’exposition « Dix mille degrés sur la place de la Paix ».
Très récemment, des chercheurs se sont rendus compte que la ville d’Hiroshima instantanément devenue poussière, n’avait en réalité pas disparue. La ville fut dispersée sous forme de petits grains radioactifs que l’on continue de trouver aujourd’hui sur les plages de la région. Se pose alors la question de ce que l’on voit et de ce que l’œuvre d’Éric Manigaud nous invite à voir derrière l’image.
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Éric Manigaud
SHUNKICHI KIKUCHI, TOYOKO KUGATA, HIBAKUSHA DE 22 ANS, RECEVANT DES TRAITEMENTS À L’HÔPITAL DE LA CROIX-ROUGE DE HIROSHIMA, 6 OCTOBRE 1945, 2020
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Éric Manigaud
SHUNKICHI KIKUCHI, THE FOURTH FLOOR OF THE HIROSHIMA SAVINGS BUREAU, MONDAY OCTOBER 1, 1945, 2018
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Éric Manigaud
MITSUGI KISHIDA, KAMIYA-CHO, HONDORI AREAS, HIROSHIMA PEACE MEMORIAL MUSEUM, 2020
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Éric Manigaud
MASAMI ONUKA, FEMME SOUFFRANT DE BRULURES, 7 AOUT 1945, NINOSHIMA QUARANTINE STATION, 2019
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Éric Manigaud
HIROSHIMA STREET SCENE WITH INJURED CIVILIANS #1, 2020
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Éric Manigaud
NO MORE HIROSHIMA #1 & #2, 2019
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Éric Manigaud
GONICHI KIMURA, MOTIFS DE KIMONO INCRUSTÉS PAR BRÛLURE DANS LA PEAU, PREMIER HÔPITAL MILITAIRE D’HIROSHIMA, VERS LE 15 AOÛT 1945, 2019
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Éric Manigaud
SHUNKICHI KIKUCHI, SOUR ORANGE (DAIDAI) BURNED BY HEAT RAYS, 2019

