Présentation

C’est sous le signe de la nuit et de la nature que se placent les nouvelles toiles de Katia Bourdarel présentées à l’espace Marais de la galerie Sator. Le noir ici domine : théâtre nocturne des métamorphoses. Métamorphoses végétales où se meuvent bribes d’arbres et nus mêlés, femmes nymphes et déesses originelles, ici Daphné, là Driopé ou les Héliades ... Et nous voilà plongés dans une forêt intérieure nimbée de mysticisme et de mythes. Echo d’une nature ancestrale perçue comme retour aux sources, révélatrice de troubles vérités.

La représentation du corps chez Katia Bourdarel trouve ses fondements dans une tradition classique qui ne cesse d’être pervertie, tamisée au filtre du présent et de ses vertiges. Chez elle, la beauté, et tout ce que cela draine d’idéal, de paradis, de joie, de lumière, de fleurs, ne cesse d’être ambivalente. Monstrueuse. Trouble. Monstrueuse beauté que l’on retrouve dans les toiles antérieures où l’artiste représente des corps liés, entravés, enfermés, transformés. Dans les toiles actuelles, une même ambiguïté demeure.

« Ici », nous dit l’artiste, « les corps entre chien et loup se transforment dans un slow motion interrompu dans une image ambiguë : une volonté de retenir l’instant qui fuit, de ralentir, d’incarner la lenteur, de faire un pas de côté, vers une autre voie ». Les visages se dédoublent. Les corps se mutent, se diluent, s’étirent, se transforment en présence énigmatique. Dans ce mouvement de l’image, toute fixité du sens nous échappe. La peinture s’ouvre et nous interroge. Elle est comme cette nuit étoilée dépeinte par l’artiste : Etoiles ? Lucioles ? lumières électriques perdues dans les feuillages ? Elle s’éteint autant qu’elle illumine. Féerie de l’absurde. Sanctuaire de fêtes avortées. Elle révèle autant qu’elle dissimule. Une prière fanée. Un soleil perdu.

 

Amélie Adamo

Œuvres
Vues de l'exposition