Présentation

Découvert au Togo dans le cadre de la seconde édition de la Résidence d’ArtMéssiamé* en novembre 2021, elle-même née dans l’atelier ATI (dédié aux travaux sur le médium bois) de l’École des Beaux-Arts de Paris dirigé par Pascal Aumaître, Atisso Goha est un très jeune artiste autodidacte qu’il m’a semblé irrésistible d’exposer. 

 

Commençons par évoquer, non sans malice, l’anthroponymie de son prénom, Atisso, qui signifie “bois coupé” en langue éwé du Togo.

Annonciatrice de sa destinée d’artiste sculpteur sur bois, Atisso Goha a choisi cette discipline dès son adolescence. Capable de sculpter des troncs entiers dont certains peuvent s’élever jusqu’à 7 mètres de hauteur pour 1,50 mètre de diamètre, il s’autodéfinit comme le sculpteur des géants. Susceptible de s’attaquer à de gigantesques racines d’arbres qu’il transforme au gré́ de son ardente et insatiable force créatrice, il façonne également des œuvres aux dimensions moins impressionnantes avec tout autant de virtuosité et d’imagination. 

C’est bien de bois brut ou encore de bois ancien marqué par les intempéries dont il s’agit. Il taille et entaille, souvent à la tronçonneuse, avec un geste d’une grande précision, ces morceaux de bois massif pour les métamorphoser en formes anthropomorphes d’une cocasse et majestueuse puissance. 

On croit y reconnaître des formes humaines, vaguement identifiables dans notre sphère tant mentale que visuelle tronquée, et pourtant si fortement ancrées dans une géographie oubliée. Atisso Goha s’inscrit ainsi dans la lignée des sculpteurs qui se concentrent sur la représentation de la figure humaine dans l’espace et le temps, en provoquant une relation quasi charnelle entre leurs créations et les états émotionnels qu’elles suscitent.

Sa maîtrise de la taille directe fait apparaître sur les troncs dégrossis des endroits tantôt polis, tantôt vernissés. Les veines du bois deviennent des plis, alors que les courbures se transforment en rondeurs. Les encoches brulées au chalumeau symbolisant des rides sont une allégorie du temps qui passe, d’aucuns y verront des scarifications, traces de meurtrissures plus profondes.

Loin d’exprimer un idéal formel, nous l’aurons compris, ces totems asexués et cabossés, amputés mais debout, sont la représentation de la condition humaine. 

Des silhouettes, qui, drapées du fil de la vie dont l’entrelacement prend des allures de mailles, éveillent l’impact mémoriel des actes tant positifs que vils réalisés par les créatures faibles et fragiles que nous sommes, et qui, sans nul doute, feront l’objet d’un dernier jugement.Alors, pour ajouter une dimension terrestre à son écriture artistique, Atisso Goha intègre dans ses sculptures des objets jetés qu’il récupère dans la rue ou dans des poubelles.

Un message plus pragmatique de l’artiste pour nous inciter à prendre soin de notre Planète, et donc de nous-mêmes.

En exploitant ces matériaux, surtout le métal, qui exprime depuis la révolution industrielle le meilleur de la vie moderne, il dénonce notre société de consommation, et de séduction, qui se lasse des objets qu’elle a fabriqués dans l’ultime dessein de se faciliter l’existence. 

En parant ses créations d’objets uniques, par des assemblages exclusifs, il fait l’éloge de la diversité et d’une beauté plurielle. Des accords plastiques qui transcendent l’humilité et la rigueur des matériaux pour donner naissance à des œuvres sensibles et presque vivantes.

Car la force d’Atisso Goha demeure dans sa capacité à redonner à ces formes hybrides et brutes, recouvertes de pièces et d’objets d’ornement faits de bouts de ficelles en nylon, d’aluminium, de bronze, de fer ou encore de cuivre, une infinie douceur.

L’artiste qui vit et travaille à Assomé, non loin de Tsévié, au nord de Lomé s’inspire bien sûr des sculptures traditionnelles africaines, on pense aussi aux influences multiples qui l’ont porté, telles les statues géantes de l’Ile de Pâques en Polynésie, ou encore celles de Tongariki avec des Moais qui n’ont plus le monopole des totems. Atisso Goha, déjà grand voyageur, tente de faire le lien entre les cultures, mais aussi entre les hommes et la nature. 

 

Rompant les frontières entre les médiums, cette 1ère exposition personnelle d’Atisso Goha en France instaure un dialogue entre ses sculptures anthropomorphes à l’aspect brut, dont chacune a sa propre vérité, et trois de ses toiles à la densité narrative et symbolique libre et foisonnante, conduisant le visiteur-spectateur sur le chemin de la sagesse et de l’harmonie.

 

Marianne DOLLO
Commissaire d’exposition
Œuvres
Vues de l'exposition