Présentation

Cette nouvelle exposition de Nazanin Pouyandeh s’appuie en grande partie sur une résidence pour laquelle l’artiste a été invitée en Corse (Casell’arte Fabrica Culturale*, dans le village de Venaco) et qui l’a profondément marquée.

 

En premier lieu en raison des paysages stupéfiants où posent les modèles. Elle a été littéralement hypnotisée par la nature comme on tombe parfois en arrêt devant une peinture ancienne ; en général, ce sentiment nous cueille alors qu’on ne s’y attend absolument pas ; dans l’Étang de Diane, on voit Pouyandeh assise entre deux toiles figurant deux femmes dans des vignes surplombant une étendue d’eau. Elles sont successivement vêtues et nues dans le même décor. À la manière d’Hamlet, elles brandissent chacune un crâne. L’artiste parait tiraillée, hésitant entre l’une et l’autre version, qui ont donné lieu à de multiples détails et tableautins accrochés au mur. D’ailleurs, certains tableaux de cette exposition semblent en découler, comme ces deux visages féminins vus à contre-jour. L’idée de confrontation féminine ou de sororité (on ne sait pas toujours s’il est question de tension ou d’amitié) est assez présente, notamment dans la Mort de Cléopâtre, peint d’après une œuvre de Guido Cagnacci. Dans le tableau de Pouyandeh, la reine égyptienne fait écho à une autre belle endormie, dans le Repos. Son corps est recouvert de soie transparente, son lourd sommeil s’inspire quant à lui d’une œuvre d’Ilya Repine. 

 

La Corse est aussi présente à travers la figuration d’étranges cérémonies, dignes des Impressions d’Afrique de Raymond Roussel. Dans l’Alliance, deux femmes et un homme entament une ronde autour d’un curieux anneau de pierre, dont on ne sait s’il s’agit d’un ancien oculus de bergerie ou d’un vestige mégalithique. Dans Venaco, ce sont tous les participants de la résidence qui posent pour un obscur rite de purification. D’une manière générale, la peinture religieuse n’est jamais très loin, comme on peut le voir dans l’Agonie dans le jardin des oliviers. La peinture étant pour Pouyandeh une chose quasi sacrée. Résurrection rejoue la fresque éponyme de Piero della Francesca, mais toujours sur un mode athée, ce qui accroit la dimension d’étrangeté en creusant l’écart entre le religieux et le païen.

Kallisté (la plus belle) est le nom qu’auraient donné les Grecs à la Corse, lors de leurs incursions maritimes dans le bassin méditerranéen. Toutes les toiles de cette exposition, de Cléopâtre à l’art toscan, évoquent cette antique culture méditerranéenne. Kallisté, c’est aujourd’hui encore la Corse, déesse symbolique, mais aussi la peinture, et l’on peut imaginer que les femmes peintes par Pouyandeh sont très belles, toutes Vénus non pas de magazines en papier glacé, mais femmes fortes qui mènent la barque sous un soleil de plomb.

Œuvres
Vues de l'exposition