Comme une respiration: Sylvain Ciavaldini
Le trait précis de Sylvain Ciavaldini croque minutieusement le réel à partir des lumières et des ombres qui le composent. Point de lignes de contours, mais des matières, des jeux de transparences, des dégradés de gris pour faire apparaitre les volumes. Puis l’artiste y ajoute des éléments perturbateurs qui agissent sur l’image, révélant des détails, donnant naissance à une nouvelle réalité. Son exposition personnelle à la galerie Sator présente un ensemble de nouvelles peintures réalisées depuis 2022, qui prolongent ses recherches esthétiques autour de la forme tout en plongeant dans le foisonnement d’une nature résiliente.
Dans la droite lignée des peintres ayant marqué l’histoire de l’art, Sylvain Ciavaldini expérimente autour de la forme. Comment se génère-t-elle ? Comment la révéler par la lumière ? Comment la connecter à son environnement ? Dans ses séries précédentes, des formes géométriques ou fluides contemporaines investissaient des monuments de la Renaissance italienne (série Les idoles, 2016 ou Rêve de monuments, 2015). Dans ses nouvelles peintures exposées à la galerie, elles n’habitent plus le paysage, elles le surplombent. Lignes blanches, elles traversent les peintures, telles des traces de light painting ou des sillons révélant la blancheur du papier (Les Lumières du ciel, 2022). Tâches lumineuses, elles scintillent (Contre nature, 2022). Nuées de lumières extraites d’une peinture de Van Gogh (La Nuit étoilée, 2022) ou étoiles photographiées dans un temps de pause lent (Une Nuit sans fin, 2022), elles deviennent des motifs abstraits qui dessinent pourtant le mouvement terrestre. Les motifs en surface jouent avec les sujets dont elles en brouillent la perception. Les formes deviennent motifs, les sujets représentés deviennent fond. L’artiste joue de ces renversements. Il expérimente aussi l’enchevêtrement des images, telle dans La Grande fenêtre (2022). Il fusionne, assemble, superpose des éléments à priori disparates et pourtant... les lignes se mêlent naturellement, l’extérieur entrelace l’intérieur, les formes blanches dissimulent, les colorées traversent la matière. Une autre réalité apparait alors. Sylvain est un artiste équilibriste en quête d’harmonie. Il explore cette rencontre fortuite chère aux surréalistes qui firent leur la célèbre phrase de Lautréamont “Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie” (Les Chants de Maldoror). Chère aussi aux amateurs de sérendipité, à l’origine de découvertes scientifiques aussi majeures que la pénicilline par Alexander Fleming. De ces rencontres naissent la vitalité et la profondeur de ses peintures. Y aurait-il un lien avec l’ensauvagement éclatant de son art ? L’artiste marseillais installé entre Paris et le Lot où il développe des projets permacoles, puise les sujets de ses nouvelles peintures dans la nature, vivante ou morte, sauvage ou conquérante lorsqu’elle se réapproprie une serre abandonnée. Les formes généreuses, entrelacées, s’offrent au regardeur. Jusqu’à un certain point de bascule où l’oeil s’approchant de la peinture, constate qu’elle se compose d’une multitude de tâches juxtaposées, telles des oeuvres impressionnistes ou des images numériques; où les paysages superposés se confondent harmonieusement; où l’intérieur rencontre l’extérieur dans une respiration. L’espace du souffle est “ce va et vient par lequel le dehors et le dedans non seulement communiquent mais s’insufflent mutuellement. (...) Respirer est un échange permanent avec le dehors donc, une espèce de conversation paysagère, un entretien, un débat”, écrit Marielle Macé dans Respire (2023). Les nouvelles oeuvres de Sylvain Ciavaldini semblent naître de ces respirations. L’artiste embrasse l’air du temps. Il respire les paysages, les arts, les intérieurs emprunts de la vie de ses habitants, les arbres, les plantes. Son ensauvagement a permis à ses oeuvres de se libérer. Assemblages, superpositions, collages, Sylvain Ciavaldini fait de la rencontre et de l’émerveillement face à la beauté de la nature inspirante et sublimée un art; une respiration.
Aude de Bourbon Parme
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Sylvain Ciavaldini
La douceur fleurie des étoiles, 2023
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Sylvain Ciavaldini
La Grande fenêtre, 2022
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Sylvain Ciavaldini
De l'extérieur vers l'intérieur, 2022
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Sylvain Ciavaldini
Traverser le réel, 2023
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Sylvain Ciavaldini
Une nuit sans fin, 2022
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Sylvain Ciavaldini
Derrière la fenêtre, 2022
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Sylvain Ciavaldini
Flowers #1, 2023
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Sylvain Ciavaldini
Flowers #2, 2023

