Hayoun Kwon KR, 1981
Hayoun Kwon démarre son travail de vidéaste en 2006/2008. Les travaux d’Hayoun Kwon tentent à dénoncer les limites de sa réalité politique tout en créant une extension de possibilités par la fiction. Le medium numérique dans sa diversité (animation stop motion, animation 3D, réalité virtuelle etc.) est utilisé par l’artiste pour dépasser le cadre restreint d’une situation politique définie.
L’animation lui permet donc d’acquérirla liberté de volontairement théâtraliser, d’exagérer ou de pousser aux limites de la mise en scène voire d’exploiter le caractère fantasmatique du sujet. Dans 489 years et Village modèle, c’est grâce à l’animation qu’elle joue sur la fiction et le fantasme d’un territoire interdit. Elle explique ainsi le fait d’avoir créer la zone DMZ en animation plutôt que d’avoir chercher à la filmer : « On entend souvent les politiciens qui en parlent mais je ne crois pas qu’ils savent grand chose. Ce qui était important pour moi, c’était la vision subjective de quelqu’un qui connaissait bien la DMZ, en l’occurrence un soldat qui y a vécu longtemps. L’histoire de ce soldat me permit d’accéder à cet espace indirectement et de le visiter à travers ses yeux. Il s’agit d’un vécu, bien que peut-être réinventé, dans une zone interdite où la nature et le danger de mort cohabitent.
L’animation m’a permis d’exploiter/explorer le caractère fantasmatique de cette zone». Les deux éléments récurrents du travail d’Hayoun Kwon sont d’une part la frontière et d’autre part le récit immatériel, la production purement humaine, la création fictionnelle.
En ce qui concerne la frontière, il s’agitparticulièrement de celle qui divise aujourd’hui la Corée du Nord et la Corée du Sud. Intriguée par la frontière qu’elle perçoit comme un miroir renvoyant une image similaire à celui qui regarde et celui qui est regardé, elle la ressent également comme les limites d’une scène de théâtre que l’on ne peut franchir en tant que spectateur.
De ce jeu de regard mutuel qu’elle perturbe volontairement dans Pan Mun Jom, la notion de frontière prend une dimension universelle et immatérielle. La frontière devient notion et pose la question des limites physiques et mentales de l’individu. Concernant la création fictionnelle, Hayoun Know dévoile dans ses vidéos la construction de son image ainsi dans Manque de preuves, dans 489 years, dans Village modèle ou dans Pan Mun Jom.
Montrer les ressorts de construction c’est rappeler que toute image est construction politique (propagande et manipulation) et conduit à s’interroger sur la véracité de ce qui est montré, à la subjectivité de la perception. Ce qui traverse le travail d’Hayoun Kwon est une profonde réflexion sur l’identité et la frontière qui la conduit à s’interroger sur la construction d’une mémoire historique et individuelle et sur la relation ambiguë que cette mémoire entretient avec la réalité et la fiction.

